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Fin de mandat de Kabila en RDC: situation calme, mais tendue à Kinshasa

Fin de mandat de Kabila en RDC: situation calme, mais tendue à Kinshasa

Devant le siège de l'UDPS à Kinshasa, on trouve le décompte du temps restant avant la fin du mandat officiel de Joseph Kabila, le 19 décembre 2016 à 23h59.
© RFI/Sonia Rolley

La capitale de République démocratique du Congo (RDC) a des allures de ville morte ce lundi 19 décembre. De nombreux habitants ont, semble-t-il, jugé plus prudent de rester chez eux alors que le mandat du président Joseph Kabila se termine officiellement la nuit prochaine à minuit sans que son successeur n'ait été élu. Dans le pays, la situation est calme, mais elle n'en reste pas moins tendue.

La situation est globalement calme dans la ville de Kinshasa, il faut dire qu’il y a un imposant dispositif sécuritaire. L’armée, la police militaire, la police se trouvent dans les points chauds de la capitale et quadrillent la zone. Les Kinois ont globalement préféré rester chez eux même si la circulation a repris timidement cet après-midi dans le centre.
Un point de tension à l'université de Kinshasa néanmoins. Les étudiants, ce matin, ont essayé de sortir de l’université, mais la police militaire les en a empêchés. Ces étudiants disaient vouloir manifester pour demander la fin du mandat du président Kabila. De l’autre côté de l’université, d’autres jeunes avec des bidons d’essence se sont mis à menacer les journalistes en leur disant qu’ils ne souhaitaient pas que des étrangers se trouvent dans l’enceinte de l’université. Des jeunes qui n’étaient pas vraiment identifiés.
Arrestation d'un opposant
Autre point de tension : l’arrestation d’un des leaders de l’opposition, Franck Diongo. Les militants de ce dernier avaient séquestré trois membres de la garde présidentielle. « Tabassés, torturés », insistent des sources sécuritaires, assurant que Franck Diongo était coutumier du fait. L’opposant, lui, s’est expliqué avant son arrestation assurant que ces hommes étaient venus l’arrêter ou le tuer.
« Cette arrestation c’est juste parce qu’il avait appelé à manifester », assure Me Kapiamba de l’Acaj, l’association d’accès à la justice qui dénonce une arrestation qui ne va pas dans le sens des mesures de décrispation. La Monusco s’était impliqué pour résoudre cette situation. Mais une fois les soldats rendus, l’opposant a été arrêté. Plutôt « mis en sécurité », assure une source sécuritaire qui insiste sur le fait que la garde républicaine aurait pu se venger. Toujours est-il qu’il devrait demain en procédure de flagrance devant la Cour suprême.
Incidents à l’intérieur du pays
Dans le reste du pays, un imposant dispositif sécuritaire a été également déployé. Dans la plupart des grandes villes, les gens sont restés chez eux ; à deux exceptions près : Goma, au Nord-Kivu, où plusieurs représentants d'opposition qui avaient décidé de manifester ont été arrêtés et Butembo, dans l'extrême nord où des Maï-Maï ont attaqué la ville très tôt ce matin. Sept personnes au moins ont perdu la vie selon la Monusco : un casque bleu, un policier et cinq miliciens maï-maï. Il y a également plusieurs blessés dont deux casques bleus. Les tirs ont débuté près après 5 heures. Selon le gouverneur, les miliciens s'en sont pris à plusieurs points stratégiques de la ville, comme la mairie, ou la base de la Monusco. Leur cible principale était la prison de Butembo où ils auraient tenté de libérer certains des leurs. La Monusco est intervenue aux côtés des FARDC. Les tirs ont cessé vers 11 heures, mais les forces de l'ordre ratissent encore la ville
A 350 kilomètres de là, à Goma, la coordination locale du Rassemblement de l'opposition a tenté de manifester, mais cela a rapidement tourné court après l’arrestation de plusieurs leaders locaux d'opposition. Le porte-parole de la police confirme neuf arrestations dans les rangs du parti ECIDE pour « manifestation interdite » et précise que « des auditions sont en cours pour les identifier et établir les responsabilités ». Selon un représentant local de l'UDPS, d'autres partis d'opposition sont également concernés, tandis que l'organisation Human Rights Watch (HRW) a recensé 41 personnes arrêtées à Goma ce lundi. Dans le reste de Goma, tout comme dans les principales autres grandes villes de l'intérieur, comme Lubumbashi ou Mbujimayi, ce qui revient dans les témoignages, c'est une très forte présence militaire et policières et un climat de peur avec des habitants qui hésitent à sortir de chez eux.
Manifestations interdites
Du côté de l'opposition, il n'y a eu aucun appel à manifester ce lundi, tout au plus une attitude ambiguë avec des tweets de la part de certains leaders pour demander aux Congolais de « prendre leurs responsabilités ». S'ajoute à cela le fait que le mandat de Joseph Kabila prend fin ce soir à minuit, selon la Constitution. Enfin, Il y a aussi une interdiction officielle de manifester prononcée par les autorités. Autant d'éléments qui expliquent sans doute l'incertitude qui plane autour de cette journée du 19 décembre et le fait que les gens soient réticents à sortir de chez eux.
Cette interdiction de manifester est dénoncée ce matin par trois experts des Nations unies qui demandent au pouvoir de lever ces restrictions politiques qui portent atteinte aux droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Résultat, à l'heure actuelle, seuls des mouvements citoyens comme la Lucha et Filimbi appellent à braver l'interdiction de manifester et à sortir à partir de ce soir pour demander le départ du président Kabila.
Au contraire, il y a un appel au calme et à la retenue du côté de la Mission de l'ONU au Congo (Monusco). Un message qui concerne aussi les partis d'opposition. « Les acteurs politiques congolais ont la responsabilité historique de parvenir à un consensus négocié sur la tenue des élections et sur la période transitoire devant y mener », a déclaré le chef de la Monusco dans un communiqué. Ces discussions, justement, entre majorité et opposition sont suspendues pour le moment, car les évêques qui en assurent la médiation sont partis à Rome, rencontrer le pape. Elles devraient reprendre ce mercredi 21 décembre. Un autre élément qui participe au flou qui règne sur la transition, une façon peut-être aussi d'entériner sans le dire que Joseph Kabila va rester au pouvoir même après l'expiration de son mandat, ce soir.

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