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Syrie: l'évacuation des quartiers rebelles d'Alep, coûte que coûte

Syrie: l'évacuation des quartiers rebelles d'Alep, coûte que coûte

mediaDes combattants rebelles et des civils attendent d'être évacués d'un secteur d'Alep-Est, le 18 décembre 2016.REUTERS/Abdalrhman Ismail
L'armée du régime Assad tente d'accélérer les évacuations à Alep. Mardi 20 décembre 2016, des militaires appelaient au haut-parleur civils et rebelles à quitter les dernières poches de résistance, avant la reprise totale du contrôle de la ville. Le gouvernement syrien et plusieurs parties présentes sur le terrain ont accepté l'envoi de 20 observateurs onusiens à Alep-Est, pour y superviser les opérations.
Selon les estimations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), il reste encore des milliers de personnes à évacuer de certains secteurs d'Alep. Selon l'ONG Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 2 000 à 3 000 rebelles et civils attendent toujours. Mardi, seuls dix bus ont pu emmener des combattants et des civils dans les quartiers pro-gouvernementaux. L’opération devrait pourtant s'achever d’ici un jour ou deux, assure le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
Les observateurs des Nations unies qui vont être déployés à Alep devront surveiller le déroulement de ce processus d'évacuation, et s’assurer qu’il est conforme aux normes internationales. Ils auront accès aux personnes ayant besoin d'une aide humanitaire vitale. Notre correspondant régional Paul Khalifeh relate que le personnel onusien est déjà présent au point de passage de Ramoussa, par où passent les bus se dirigeant d’Alep vers les zones tenues par les rebelles.
La dernière étape de l’évacuation devait commencer dans la nuit de mardi à mercredi, avec la sortie de 2 000 à 3 000 combattants et leurs familles. Soixante-dix bus sont entrés mardi à Alep-Est. Mais ils n’en sont toujours pas ressortis à cause de divergences entre les insurgés. Avec des haut-parleurs, l’armée a appelé les derniers rebelles et civils qui le souhaitent à quitter l'ancienne capitale économique du pays avant sa prise de contrôle totale.
Pour leur part, à l'autre bout de la chaîne, les civils déjà évacués d’Alep vont de malheur en malheur. Des milliers ont été contraints de quitter leur ville et se retrouvent aujourd’hui dans la campagne à l’ouest d’Alep, dans des conditions déplorables. L’aide apportée par les organisations humanitaires internationales et locales ne semble pas suffire, à en croire Abou el-Haythem el-Hour, militant de l’opposition joint par RFI, et qui se trouve actuellement aux côtés de ces populations déplacées.
« Les déplacés vivent une situation très difficile, confie-t-il. Ils sont très nombreux à arriver chaque jour. Leurs conditions sont très précaires. La campagne à l’ouest d’Alep est en train de se transformer en un immense camp de déplacés à ciel ouvert. Bientôt, ce sera le plus grand de Syrie. Tous ces gens sont accueillis dans des écoles, sous des tentes... Honnêtement, toute cette région où ils se trouvent actuellement n’a pas été préparée pour recevoir autant de monde. »
Sur cette photo rendue publique par l'agence de presse syrienne pro-régime, Sana, des personnes arrivent à Jibreen, zone sous contrôle du régime de Damas, après leur évacuation. Alep, le 19 décembre 2016.SANA/Handout via REUTERS
Situation humanitaire délicate pour les évacués des quartiers rebelles
Pour les organisations sur place, l'urgence prédomine. La prise en charge humanitaire doit s'organiser ces prochains jours. Le militant de l’opposition Abou el-Haythem el-Hour relate que « des camps ont été mis en place dans la précipitation ». Il fait de surcroît remarquer qu'il fait « très, très froid ». « Des organisations locales issues de la société civile font leur possible pour trouver à tous ces gens un refuge, un endroit qui soit chauffé. Encore une fois, il fait très froid ! », insiste-t-il.
Ingy Sedky, porte-parole du CICR à Damas, énumère pour RFI les besoins des populations sur place : « Pénurie en termes de nourriture, d'approvisionnements d'eau, mais aussi un manque de traitements médicaux ». « Leur situation est vraiment très grave, ajoute-t-elle, et ce que nous espérons, c'est que quand l'évacuation aura pris fin, nous puissions avoir accès à ces populations-là, pouvoir leur fournir et acheminer l'assistance humanitaire dont ils ont besoin. »
« Nous espérons que ça va continuer dans ces conditions et que le cessez-le-feu sera respecté par toutes les parties, ajoute la porte-parole de la Croix-Rouge internationale. La pression majoritaire sur nous, c'est de pouvoir porter de l'aide à ces personnes-là. Notre priorité, ce sont les civils, ce sont les personnes blessées, les enfants et les femmes. » Et de marteler : « C'est ça la pression sur nous : faire de tout notre mieux pour pouvoir les évacuer dans les meilleures conditions. »
Selon le CICR, depuis le début des opérations d'évacuation jeudi dernier, 25 000 personnes - rebelles et civils - ont été évacuées d'Alep. Le ministre turc des Affaires étrangères a avancé, mardi, le chiffre de 37 500 personnes. L’Observatoire syrien des droits de l'homme, basé au Royaume-Uni, met en garde contre les manipulations de chiffres visant à profiter de l’aide internationale humanitaire destinée aux sinistrés d’Alep. Selon l’ONG syrienne, 16 200 personnes seulement sont sorties de la deuxième plus grande ville du pays pour l'instant.
L’OSDH précise que 300 bus et 240 ambulances ont transporté les personnes évacuées vers les zones contrôlées par les rebelles, et que 5 000 combattants se trouvent parmi les 16 200 personnes évacuées jusqu'à présent. Des sources proches du régime syrien estiment aussi que 5 000 combattants et les membres de leurs familles ont quitté Alep-Est. Des centaines d’autres auraient préféré rester sur place pour profiter de l’amnistie décrétée par le président Bachar el-Assad.

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