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A la Une: la surprise gambienne

A la Une: la surprise gambienne

© AFP/Pius Utomi Ekpei

    L’Afrique n’en revient toujours pas : le président gambien Yahya Jammeh battu à la présidentielle après 22 ans de pouvoir sans partage et qui reconnaît sa défaite…
    « 'Chapeau à Yahya', s’exclame La Tribune à Dakar. Ce président aux méthodes ubuesques qui se faisait appeler 'Babili Mansa', le 'bâtisseur de ponts' et le 'roi défiant les fleuves', a marqué un grand coup intelligent en reconnaissant sa défaite et en félicitant son tombeur Adama Barrow. Il savait qu’il allait être arrêté ou abattu s’il s’entêtait à rester au pouvoir. Tellement, 22 ans de règne après, son passif est lourd. Les Gambiens, qui ont longtemps bu le calice jusqu’à la lie, se sont révoltés, exprimant leur ras-le-bol dans les urnes. La sanction est implacable. 'Plus jamais Jammeh', ont-ils entonné en chœur. Un ouf de soulagement pour toute cette Afrique qui bouge et qui rêve de sonner définitivement le glas des dictateurs. »
    Pour Liberté en Algérie, « même si on ne connaît pas les véritables raisons de ce départ, qui serait dû, selon certaines sources, à des pressions occidentales sur Yahya Jammeh, la Gambie sort enfin d’un long règne dictatorial. (…) Et il y a lieu d’espérer que ce qui s’est passé en Gambie servira d’exemple aux nombreux autres dictateurs encore en poste dans plusieurs pays africains, pour une véritable démocratisation du continent. »
    « Dorénavant, sous nos tristes tropiques, un président en exercice peut organiser les élections et les perdre », relève Aujourd’hui au Burkina. « On aurait pu dire que l’on s’achemine vers la fin programmée du cycle personnifié des grands seigneurs, s’il n’existait pas, déplore le quotidien ouagalais, cette Afrique équatoriale et centrale qui détient hélas le bonnet d’âne en matière de démocratisation. »
    Imprévisible…
    « Le moins que l’on puisse dire, pointe pour sa part Le Pays, toujours au Burkina, c’est que Yahya Jammeh a été imprévisible jusqu’au bout. (…) Sous d’autres cieux, on a vu des princes régnants qui n’ont pas craint de marcher sur les macchabées de leurs compatriotes pour s’accrocher à leur trône. Yahya Jammeh pouvait adopter cette posture. (…) Cela dit, tempère Le Pays, la grande question maintenant est de savoir si le nouveau président gambien aura la quiétude qui sied pour mettre en place les grandes réformes politiques et économiques qu’il a promises au peuple gambien. Cette question est d’autant plus pertinente que l’imprévisible Yahya Jammeh a encore les moyens militaires, pendant la période de transition, de revenir sur ses engagements, au cas où il sentirait l’étau se resserrer autour de sa personne. Il peut d’autant plus tenter de le faire qu’il a beaucoup de choses à se reprocher et qu’il s’est retiré chez lui avec une garde prétorienne dont la capacité de nuisance est connue de toute la Gambie. »
    Sur le qui-vive…
    C’est vrai, attention « au coup fourré », prévient une partie de la presse sénégalaise, notamment 24 heures. 24 heures qui pointe le fait que Yahya Jammeh est introuvable depuis son allocution télévisée de vendredi et qui rapporte les mises en gardes d’anciens dignitaires du régime, comme quoi Jammeh pourrait tenter un coup de force pour se maintenir au pouvoir. Autre éventualité, un putsch mené cette fois par des militaires proches de Jammeh qui n’accepteraient pas la défaite et la perte de leur statut et de leurs privilèges…
    « Le spectre du coup d’Etat », renchérit Enquête, toujours à Dakar. « Malgré le changement de régime en Gambie, tout le monde est sur le qui-vive, affirme le quotidien sénégalais. Car un coup de force est fortement redouté. En effet, personne dans le pays ni même au sein des chancelleries accréditées n’a confiance en Yahya Jammeh. Le scénario redouté est que l’ex-homme fort de Kanilai ne profite de la période de transition de 2 mois, d’ailleurs jugée 'très longue', pour fomenter un coup d’Etat. (…) Les chancelleries, qui ne veulent pas entendre parler d’un retour de Jammeh aux affaires, veillent au grain, croit encore savoir Enquête, et comptent apporter toute leur aide au nouveau président Adama Barrow. Déjà, certains aspects de sa gouvernance sont pris en charge. Notamment, la sensible question de sa sécurité. »
    D’ailleurs, toujours selon la presse sénégalaise, le président Macky Sall aurait donné l’ordre à son armée de se tenir prête, au cas où…

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